(Gaza, Soudan et autres zones de conflit)
Les guerres ne se limitent jamais aux bombes, aux combats et aux destructions visibles. Elles laissent derrière elles une autre forme de dévastation, plus silencieuse mais tout aussi meurtrière : les épidémies. Dans les zones de conflit comme Gaza ou le Soudan, la propagation rapide de maladies infectieuses est devenue l’un des marqueurs les plus tragiques de la guerre moderne. Ces « épidémies de la guerre » sont le résultat direct de l’effondrement des systèmes de santé, de la destruction des infrastructures vitales et du déplacement massif des populations.
1. Pourquoi la guerre favorise-t-elle les épidémies ?
La relation entre guerre et maladie est ancienne. Déjà, lors des conflits du passé, les maladies tuaient souvent plus que les combats eux-mêmes. Aujourd’hui encore, malgré les progrès médicaux, la guerre crée les conditions idéales pour la propagation d’épidémies.
D’abord, les infrastructures sanitaires sont souvent prises pour cibles ou rendues inopérantes. Les hôpitaux sont détruits, manquent d’électricité, d’eau potable, de médicaments ou de personnel qualifié. Les campagnes de vaccination sont interrompues, laissant des populations entières sans protection contre des maladies pourtant évitables.
Ensuite, la guerre provoque des déplacements massifs de civils. Les camps de réfugiés ou de déplacés internes sont souvent surpeuplés, insalubres, avec un accès limité à l’eau propre et aux installations sanitaires. Ces conditions favorisent la transmission rapide de maladies infectieuses comme le choléra, la rougeole ou les infections respiratoires aiguës.
Enfin, la malnutrition affaiblit les systèmes immunitaires. Les pénuries alimentaires, les blocus et l’effondrement des chaînes d’approvisionnement rendent les populations plus vulnérables aux infections, en particulier les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes.
2. Gaza : une enclave assiégée face à la menace sanitaire
À Gaza, la situation humanitaire et sanitaire illustre de manière dramatique le lien entre guerre et épidémies. La densité de population y est extrêmement élevée, ce qui rend toute épidémie particulièrement difficile à contenir. Les conflits armés récurrents, combinés aux restrictions sévères sur les mouvements de personnes et de marchandises, ont profondément fragilisé le système de santé.
Les hôpitaux fonctionnent souvent au-delà de leurs capacités, avec des coupures d’électricité fréquentes et un manque chronique de médicaments essentiels. L’accès à l’eau potable est limité, et les systèmes d’assainissement sont régulièrement endommagés. Dans ces conditions, les maladies diarrhéiques, les infections cutanées, les hépatites virales et les infections respiratoires se propagent rapidement.
Les enfants sont parmi les plus touchés. La malnutrition chronique, combinée à un accès irrégulier aux soins, augmente le risque de complications graves, voire mortelles. Les professionnels de santé alertent régulièrement sur le risque de flambées épidémiques majeures, notamment en période de conflit intense, lorsque les services de base cessent presque totalement de fonctionner.
3. Le Soudan : conflit, effondrement de l’État et retour des maladies oubliées
Au Soudan, la guerre a provoqué l’une des pires crises humanitaires contemporaines. L’effondrement des institutions étatiques et du système de santé a ouvert la voie à la résurgence de maladies que l’on croyait maîtrisées. Le choléra, la rougeole, le paludisme et d’autres infections transmissibles y font des ravages.
Les combats ont détruit ou rendu inaccessibles de nombreux centres de santé. Les populations déplacées se comptent par millions, vivant dans des conditions extrêmement précaires. Le manque d’eau potable et de latrines favorise la propagation du choléra, une maladie étroitement liée à l’insalubrité et à la pauvreté.
La situation est aggravée par l’insécurité persistante, qui empêche les organisations humanitaires d’atteindre certaines zones. Les campagnes de vaccination sont interrompues, ce qui expose particulièrement les enfants à des maladies mortelles mais évitables. Au Soudan, la guerre ne tue pas seulement par les armes : elle tue lentement, par la maladie et la négligence forcée.
4. D’autres théâtres de guerre, les mêmes schémas sanitaires
Les épidémies liées à la guerre ne se limitent pas à Gaza et au Soudan. En Yémen, l’un des plus grands foyers de choléra de l’histoire récente est apparu dans un contexte de conflit prolongé. En République démocratique du Congo, les violences armées ont compliqué la lutte contre Ebola, en entravant les efforts de surveillance et de vaccination.
Dans ces contextes, la méfiance envers les autorités, la désinformation et la peur aggravent encore la situation. Les populations hésitent parfois à se faire soigner ou vacciner, ce qui permet aux maladies de circuler librement.
5. Les enfants et les femmes : premières victimes des épidémies de la guerre
Les épidémies de la guerre touchent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables. Les enfants, dont le système immunitaire est encore en développement, sont particulièrement exposés. La rougeole, par exemple, peut devenir mortelle dans un contexte de malnutrition et de manque de soins.
Les femmes, notamment enceintes, font face à des risques accrus. Le manque de soins prénataux, les accouchements dans des conditions non sécurisées et l’absence de traitements contre les infections peuvent entraîner des complications graves, voire fatales, pour la mère et l’enfant.
6. Le rôle crucial – et limité – de l’aide humanitaire
Les organisations humanitaires internationales jouent un rôle essentiel pour limiter l’impact des épidémies dans les zones de guerre. Elles fournissent des soins d’urgence, des campagnes de vaccination, de l’eau potable et des installations sanitaires temporaires. Cependant, leur action est souvent entravée par l’insécurité, le manque de financements et les restrictions d’accès imposées par les parties au conflit.
Sans cesse, ces organisations rappellent que la réponse humanitaire ne peut remplacer un système de santé fonctionnel. Tant que les conflits persistent, les épidémies resteront une menace constante.
7. Les épidémies comme arme indirecte de la guerre
Dans certains contextes, les épidémies deviennent presque une arme indirecte. Le siège de villes, la destruction volontaire d’infrastructures d’eau ou de santé, et le blocage de l’aide humanitaire créent sciemment des conditions favorables à la maladie. Même sans intention explicite, les conséquences sanitaires sont prévisibles et dévastatrices.
Cela soulève des questions éthiques et juridiques majeures. Le droit international humanitaire impose la protection des civils et des infrastructures médicales, mais ces règles sont trop souvent violées.
8. Prévenir plutôt que guérir : une urgence mondiale
La prévention des épidémies en temps de guerre passe avant tout par la prévention des conflits eux-mêmes. Mais lorsque la guerre éclate, certaines mesures restent essentielles : protéger les hôpitaux, garantir l’accès à l’eau potable, maintenir les campagnes de vaccination et permettre un accès humanitaire sans entrave.
La communauté internationale a un rôle crucial à jouer, non seulement en finançant l’aide humanitaire, mais aussi en exerçant une pression politique pour le respect du droit international et la protection des civils.
Conclusion
Les épidémies de la guerre sont l’un des visages les plus cruels des conflits armés contemporains. À Gaza, au Soudan et ailleurs, elles rappellent que la guerre ne détruit pas seulement des villes, mais aussi des corps, des systèmes de santé et des générations entières. Tant que les conflits se poursuivront sans réelle protection des civils, les maladies continueront de se propager, transformant chaque guerre en une crise sanitaire majeure. Comprendre cette réalité est une étape essentielle pour agir, prévenir et, à terme, sauver des vies.

